Lundi 21 mai 2007
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Fiche de lecture :
Les profondeurs des paysages géographiques.
Armand Frémont.
L’espace géographique, n°2, 1974.
Armand Frémont dirige la collection « Géographes » chez Flammarion et une collection de manuels de second cycle chez Bordas. Il fût professeur de géographie à l’université de Caen et
directeur scientifique du CNRS pour devenir enfin recteur d’académie à Grenoble et Versailles. Il a réalisé de nombreux travaux sur la région de Caen et d’ailleurs le sous-titre de cet article
est « Autour d’Ecouves, dans le Parc Naturel Régional Normandie-Maine ».
Cet article allie la théorie à la pratique puisque pour démontrer sa théorie du paysage, l’auteur la concrétise par l’exemple du pays d’Ecouves et par l’enjeu de la création du parc naturel
régional Normandie-Maine.
La vision du géographe sur le paysage c’est longtemps réduite à un inventaire détaillé des formes et éléments le composant ainsi qu’à une « chronologie régressive de leur genèse »
c'est-à-dire à analyser les traces visibles dans le paysage de son passé pour comprendre ce qui a conduit au paysage actuel. Cette vision oublie l’importance aujourd’hui accordée par tous à
l’esthétique du paysage ainsi que la perception, l’interprétation subjective de l’observateur, comme le dit justement l’œil qui observe le paysage n’est pas « une lentille froide ».
L’auteur s’applique à décomposer ce qui rentre en compte dans la vision qu’a le géographe du paysage en décrivant le paysage d’Ecouves.
Longtemps les géographes n’étudiaient que le milieu, c'est-à-dire le relief, le climat et la végétation. Ces éléments fondamentaux conditionnent les formes du paysage. A cela s’ajoute évidemment
les activités humaines qui en utilisant ce paysage le modifie considérablement.
Cela permet déjà de distinguer différents paysages-types comme une plaine alluviale et un plateau boisé…
Outre le milieu, Armand Frémont intègre l’imaginaire et les perceptions. Pour l’imaginaire il fait référence au paysage rêvé mais aussi au paysage mystérieux donnant un sentiment de peur comme
les forêts souvent théâtre de contes fantastiques, de même le sentiment de solitude que l’on peut ressentir dans une forêt,bien qu’en fait entouré par la vie. Ces sentiments demeurent très
subjectifs donc difficile à étudier et par là même peu mis en avant.
Il en va de même pour la perception, le regard subjectif que porte l’observateur différencie les paysages non plus matériellement mais dans l’esprit des individus : un même paysage dans la
réalité, différents observateurs, différentes sensibilités donnent différents paysages. Le regard subjectif ne dépend pas seulement de la sensibilité mais aussi du rapport de l’individu avec le
paysage, un paysan et un touriste ne vivent pas le paysage de la même façon et n’en attendent pas les mêmes choses. L’utilité du paysage comme outil de travail ou cadre de loisirs entraîne des
perceptions différentes et des intérêts antagonistes. D’ailleurs le projet de parc naturel montre cet antagonisme puisque la majorité des agriculteurs de cette région semble défavorable à ce
parc, par peur de ne plus pouvoir modifier le paysage qui pour eux est un outil de travail. Alors que le projet exalte les traditions du pays, la verdure purifiante, le calme opposé aux
trépidations et pollutions de la ville, tout cela dans un but touristique. Cette vision du parc s’applique d’ailleurs au parc naturel régional Périgord Limousin qui met en évidence des valeurs
d’autrefois comme les feuillardiers bien qu’aujourd’hui seul un ou deux feuillardiers travaillent encore justement pour ce tourisme ; on met aussi en valeur différents paysages comme le
bocage et les massifs boisés, paysages vécus par les habitants comme des paysages communs puisque quotidiens et qui y redécouvrent un intérêt avec le coup de projecteur du parc. De même, bien
souvent un paysage que l’on voit pour la première fois et que l’on verra rarement dans sa vie et ce dans le cadre de ses loisirs est toujours exceptionnellement beau, en tout cas plus beau que le
paysage vécu au quotidien, c’est le dépaysement.
Un paysage est à la fois un espace et un observateur.