Fiche de lecture :
Le Paysage.
François Béguin,
Coll. Dominos, Editions Flammarion.
C’est lors d’un colloque pluridisciplinaire sur ce thème, organisé par la faculté de Limoges que j’ai pu découvrir le paysage comme un objet scientifique. C’est pour approfondir cette
approche pluridisciplinaire que j’ai choisi cet ouvrage puisqu’il présente le paysage selon 3 visions différentes : celle de l’artiste, du géographe et de l’architecte.
Cette approche est très intéressante puisque rare sont les notions qui touchent autant de disciplines. En effet, outre les trois citées précédemment on peut élargir ou détailler le champ de
recherche à l’histoire, la biologie, la sociologie, la pédologie, la géologie… Cela montre parfaitement ce qui caractérise le paysage, système où se mêlent divers éléments ou comme l’exprime
Vidal de la Blache : « caractère commun d’individualité », ce sont ces éléments qui d’eux même et par leurs relations font le paysage.
Cependant pour un même paysage, le regard qu’y porte l’artiste, le géographe et l’architecte sont différents. Si il semble évident que l’artiste s’attache aux formes et couleurs qui font le
paysage ce qui prédomine pour lui c’est le sentiment, les émotions qui se dégagent du paysage qu’il regarde ; cette perception est donc essentiellement subjective. De plus, l’artiste voit le
paysage à un moment passager que ce soit dans la journée (aube, crépuscule…) ou à une saison ou autre phénomène météorologique, il n’y a pas d’analyse ou de recherche du paysage dans un temps
plus long. L’artiste ne voit pas le paysage comme un système mais comme la confluence d’une humeur, d’une atmosphère et d’un lieu.
C’est l’effet du paysage sur la perception de l’Homme qui est analysé.
Si l’artiste s’intéresse à un moment précis du paysage, le géographe ne s’en contente pas et cherche à comprendre ce qui crée ce paysage à cet instant T, cela inclut une analyse de l’évolution de
ce paysage dans le temps et une analyse de la composition de ce paysage à cet instant T. Mais le géographe ne se coupe pas totalement de l’art puisque la photographie ou même des œuvres
picturales peuvent devenir des outils de travail pour le géographe. De plus le géographe intègre le sentiment que dégage un paysage lorsqu’il s’agit de l’attachement, d’une identification des
habitants locaux à un paysage emblématique, remarquable.
Le paysage est un objet très intéressant à étudier pour le géographe puisque son analyse fait appel à des connaissances très hétérogènes.
Le paysage est pour le géographe un système où il est le résultat d’une combinaison d’éléments divers et de leurs interrelations en y ajoutant l’effet anthropique.
Cette anthropisation fait évoluer l’analyse du géographe au fil du XXème siècle, j’entends par là l’histoire technique et industrielle qui bouleverse les paysages au fil de ce siècle. Début XXème
c’est l’époque de la grande école de la géographie régionaliste française pour laquelle un paysage est associé à un pays, autrement dit à cette époque chaque région possédait ses propres
caractéristiques paysagères que ce soit par le bâti ou par le mode d’agriculture, dans le paysage se lisait l’adaptation des hommes à leurs milieux respectifs.
A partir du milieu du siècle, avec la forte mécanisation de l’agriculture et le développement des transports longue distance et par conséquent celui des échanges la forte hétérogénéité régionale
des paysages tend à s’effacer.
N’ayant plus besoin de créer une autosuffisance les pays, les régions se spécialisent, l’agriculture mécanisée modifie les paysages en les rendant homogènes et certains paysages régressent
fortement comme le bocage, les paysages perdent de leur identité.
De nos jours, le paysage est perçu comme le visage de la surface terrestre qui s’offre à un observateur. On distingue moins des paysages régionaux que des grandes structures paysagères ou
paysages-types.
Pour le géographe le paysage est donc l’idée d’un état actuel avec des traces plus ou moins visible de l’état passé de l’espace qu’il observe, c’est un enchevêtrement de strates.
L’architecte s’intéresse au rôle joué par le bâti au sein d’un paysage et à son intégration au cadre naturel, la sensibilité est alors importante dans son observation.
L’architecture régionaliste, j’entends par là, le bâti spécifique, caractéristique de certaines régions, de certains terroirs s’intègre dans la géographie régionaliste.
Aujourd’hui ce bâti revêt un aspect traditionnel que les sociétés s’attachent à conserver dans cette optique de préservation d’un paysage hérité, ce paysage qui nous rappelle notre histoire,
paysage auquel on s’identifie, à tel point que parfois seul le bâti demeure pour témoigné du paysage traditionnel que l’on souhaite conserver et parfois ce bâti peut à lui seul engendrer une
identification au territoire c’est le cas à Toulouse avec le bâti de briques d’argile rosé caractéristique du paysage urbain toulousain.
Si le paysage des architectes emprunte parfois à la géographie l’idée que les bâtiments participent à la définition d’une identité régionale, il désigne aussi les aspects généraux du milieu
terrestre et permet de penser l’effet architectural comme une résultante de l’interaction entre le bâti et son milieu.
Donc la problématique à laquelle l’architecte essaie de répondre est dans quelle limite les objets peuvent-ils s’intégrer au paysage ?
Si ce travail utilise une méthodologie artistique, l’architecte contrairement à l’artiste intervient directement sur le paysage.
A la suite de ces trois visions du paysage, l’auteur s’intéresse à l’objet paysage et plus précisément à sa confrontation avec deux siècles de progrès technique et de bouleversements dans nos
sociétés.
D’ailleurs l’intérêt porté aux paysages s’accroît depuis que l’industrie et l’agriculture mécanisée ont sensiblement modifiées la physionomie de ces paysages.
L’auteur définit très justement le paysage comme une fragile cohésion dont un seul nouvel élément peut ébranler l’ensemble ou parfois s’intégrer progressivement. C’est le cas par exemple de la
Tour Eiffel qui à l’époque de sa construction choquait mais qui peu à peu fut acceptée dans les mentalités des gens comme faisant partie intégrante du paysage parisien jusqu’à devenir aujourd’hui
un des monuments français les plus visités.
J’aimerai conclure sur deux idées, la première est le fait que l’on soit passé d’un paysage utile, dont on exploitait les ressources et donc qui était préservé comme une source de vie à une
gestion de l’image aujourd’hui avec par exemple la valorisation de paysages remarquables.
Enfin, une transformation majeure qui est l’homogénéisation des paysages avec seulement des reliques de régionalismes paysagers devenant plus des conservatoires de paysages témoins, valeurs
d’autrefois.